Les chiffres du rapport : 11 % des DMP activés contenaient des données de vaccination au 31 octobre 2025 · 12,8 millions de mentions vaccinales enregistrées entre janvier 2024 et octobre 2025 · 94 % d’entre elles proviennent des pharmaciens · échéance recommandée pour une couverture complète : fin 2028.
Un carnet numérique qui existe depuis 2020 et qui reste vide
Le carnet de vaccination électronique n’est pas un projet à venir : il est intégré au Dossier Médical Partagé depuis juin 2020, et il est accessible à chacun depuis Mon espace santé. Sur le papier, la France dispose donc déjà de l’outil.
Dans les faits, la Cour des comptes le décrit comme encore balbutiant. Au 31 octobre 2025, seuls 11 % des dossiers médicaux partagés activés contenaient au moins une donnée de vaccination. Autrement dit, huit assurés sur neuf ouvrent leur espace santé et n’y trouvent aucune trace de leurs vaccins.
Amélie de Montchalin, qui préside la Cour des comptes, qualifie les carnets non à jour d’« obstacle majeur » à la politique vaccinale. Le problème n’est pas technique : l’outil existe. Il est alimentaire — au sens où personne n’y verse les données.
D’où viennent les données, et d’où elles ne viennent pas
Entre le 1er janvier 2024 et octobre 2025, 12,8 millions de mentions de vaccination ont été enregistrées dans le DMP. Ce chiffre paraît important jusqu’à ce qu’on regarde sa provenance : 94 % viennent des pharmaciens, et il s’agit très majoritairement de vaccins contre la grippe et la Covid-19.
Les pharmaciens sont autorisés à vacciner les adultes depuis 2021. Ils sont devenus, de fait, la principale source d’alimentation du carnet numérique — et même là, la remontée reste incomplète : en novembre 2025, environ 20 % des vaccins réalisés en pharmacie n’étaient pas enregistrés dans le DMP.
Le reste du système vaccinal français, lui, n’alimente pas le carnet du tout. Le rapport cite nommément les absents :
- les services de santé au travail, qui réalisent une part importante des vaccinations des adultes actifs ;
- les services de santé universitaires ;
- la protection maternelle et infantile (PMI), qui vaccine une grande partie des nourrissons ;
- la santé scolaire, qui intervient sur les rattrapages de l’adolescence.
S’y ajoute un angle mort d’un autre ordre : les bénéficiaires de l’aide médicale de l’État (AME) n’ont pas accès au DMP. Une population par définition éloignée du soin est donc aussi celle dont la vaccination est la moins tracée.
Conséquence : la France ne sait pas précisément qui est vacciné
Ce n’est pas seulement un inconfort pour les patients. Faute de source unique, la couverture vaccinale nationale est reconstituée à partir de données partielles qui ne se combinent pas correctement. Les résultats sont donc publiés sous forme de fourchettes, et il devient impossible d’identifier avec fiabilité les populations sous-vaccinées — celles vers lesquelles il faudrait précisément orienter les campagnes.
Le rapport souligne le contraste avec le dispositif « Vaccin Covid » : en 2021, la France a su suivre une campagne vaccinale au jour le jour, par territoire et par catégorie de population. La capacité technique existe. Elle n’a pas été étendue au reste du calendrier vaccinal.
Enfin, l’historique ancien reste, selon les termes du rapport, « essentiellement » conservé sur papier ou dans des solutions numériques privées comme mesvaccins.net. Des décennies de vaccinations dorment dans des carnets cartonnés et des tiroirs.
Ce que recommande la Cour des comptes
Faire remonter les données de tous les vaccinateurs
Le DMP et le système national des données de santé (SNDS) devraient être alimentés par l’ensemble des professionnels qui vaccinent, et pas seulement par les pharmaciens et les médecins de ville. Les mises à jour des logiciels métier sont attendues sur 2027 et 2028.
Une stratégie de récupération de l’historique
Alimenter le carnet à partir d’aujourd’hui ne suffit pas : il manquera toujours ce qui a été fait avant. La Cour demande qu’une stratégie soit formalisée pour récupérer les vaccinations passées, aujourd’hui dispersées entre carnets papier, dossiers de médecins et bases privées.
L’intelligence artificielle pour lire les carnets papier
Parmi les pistes évoquées : des solutions capables d’interpréter la photo d’un carnet de vaccination papier pour en extraire automatiquement les lignes. C’est une orientation de travail, pas un service disponible aujourd’hui.
Exploiter le dossier pharmaceutique
Le dossier pharmaceutique conserve la trace des produits délivrés en officine. Il pourrait permettre de reconstituer une partie de l’historique vaccinal récent sans redemander quoi que ce soit au patient.
Ce que ça change pour vous, maintenant : ne partez pas du principe que Mon espace santé contient votre historique vaccinal complet. Avant une inscription en crèche, une prise de poste en milieu de soin, un départ à l’étranger ou une grossesse, vérifiez — et reconstituez ce qui manque plutôt que de le découvrir le jour où on vous le demande.
Que faire en attendant 2028
Ouvrez Mon espace santé et repérez les trous
Connectez-vous sur monespacesante.fr et regardez la section carnet de vaccination. Notez ce qui y figure — c’est votre point de départ, rarement votre historique complet. Les vaccins d’avant 2022 y sont le plus souvent absents.
Demandez un relevé écrit à votre médecin ou pharmacien
Un relevé vaccinal daté et signé reste accepté partout : crèche, école, employeur, voyage. Votre pharmacien peut attester des vaccins qu’il vous a administrés, y compris ceux qui ne sont jamais remontés dans le DMP.
Photographiez votre carnet papier dès aujourd’hui
Tant que la récupération automatique n’existe pas, votre carnet papier est la seule preuve de vos vaccins anciens. Une page perdue est une page à reconstituer auprès de la PMI ou de la médecine scolaire, quand c’est encore possible.
Tenez votre propre copie à jour
Chaque nouvelle vaccination, notez-la vous-même au moment où elle est faite. C’est la seule méthode qui ne dépend ni du logiciel de votre pharmacien, ni du calendrier de déploiement d’un projet national.
Questions fréquentes
Votre carnet vaccinal, tenu par vous
En attendant que le carnet électronique national soit complet, Vaxelia vous permet de saisir tout votre historique, de le garder sur votre iPhone et de l’exporter en PDF quand on vous demande une preuve. Vos données restent sur votre appareil.
Télécharger Vaxelia — GratuitSources : Cour des comptes, rapport sur la politique vaccinale publié le 7 septembre 2026 · VIDAL Actualités, 8 septembre 2026 (d’après APMnews) · ccomptes.fr · Mon espace santé. Cet article est informatif et ne constitue pas un avis médical. Pour toute démarche vaccinale, consultez votre médecin ou votre pharmacien.